Le mythe de Pandore est l’un des récits fondateurs de la mythologie grecque, et l’un des plus mal racontés.
On vous a menti sur l’espoir de Pandore. Et ce mensonge dit long sur la façon dont on préfère, souvent, ne pas regarder ce qui reste enfermé.
Avez-vous déjà senti qu’un silence de famille pesait plus lourd que tous les mots qu’on aurait pu dire ?
Le mythe de Pandore, tout le monde croit le connaître. Une boîte, une curiosité fatale, tous les maux du monde répandus sur l’humanité. Et, au fond, miraculeusement épargnée : l’Espérance… Le mythe de Pandore, tout le monde croit le connaître. Une boîte, une curiosité fatale, tous les maux du monde répandus sur l’humanité. Et, au fond, miraculeusement épargnée : l’Espérance. C’est la version consolante, celle qu’on raconte aux enfants. Mais Hésiode raconte autre chose. Et sa version est bien plus riche.
Le récit
Chez Hésiode, dans la Théogonie et Les Travaux et les Jours, tout commence par un vol. Prométhée dérobe le feu des dieux pour le donner aux hommes. Zeus réplique par un cadeau empoisonné. Il fait façonner une femme, Pandore, « celle qui a tous les dons ». Il l’offre à Épiméthée, qui contrairement à son frère Prométhée, ne réfléchit qu’après coup.
Pandore apporte avec elle un pithos, une grande jarre de terre. (La « boîte » vient d’une traduction tardive d’Érasme.) Elle l’ouvre. Tous les maux jusqu’alors inconnus des hommes s’en échappent : maladie, vieillesse, guerre, souffrance. Affolée, elle referme le couvercle. Une seule présence n’a pas eu le temps de sortir. Elle reste seule, tapie au fond : Elpis, l’Espérance des Grecs.
Elpis n’est pas de l’espoir… c’est de l’attente
C’est ici que la légende trahit le mythe. En grec ancien, Elpis désigne d’abord l’attente, l’expectative. Un mouvement intérieur tendu vers ce qui n’est pas encore là. Si ce qu’on attend est un bien, on l’appelle espoir. Si c’est un mal qu’on pressent, la même énergie devient crainte. C’est l’helléniste Jean-Pierre Vernant qui l’explique le mieux : Elpis n’est pas lumineuse par nature. Elle est neutre, en suspens.
Deux lectures s’en disputent le sens depuis toujours. Pour les uns, c’est le cadeau ultime laissé aux hommes pour supporter leur sort. Pour les autres, c’est le raffinement final de la cruauté de Zeus, qui les prive justement de ce qui aurait pu les consoler. Aucune des deux lectures ne l’emporte. C’est peut-être précisément ce que le mythe veut transmettre.
Et si votre famille avait, elle aussi, sa jarre ?
Ce qui rend ce mythe si actuel, c’est son image centrale. Une force qui reste enfermée, silencieuse, pendant que tout le reste s’est répandu au grand jour. En psychogénéalogie, c’est exactement ce que l’on apprend à repérer. Une famille aussi a sa jarre. Il y a les blessures visibles, nommées, qui circulent librement d’une génération à l’autre. Et puis il y a ce qui n’a jamais été dit, jamais reconnu, resté au fond, et qui continue pourtant d’agir depuis l’intérieur, en silence.
Lire un mythe familial comme une jarre pas encore ouverte, c’est apprendre à distinguer ce qui s’est transmis à voix haute de ce qui attend encore, tapi, sa juste place. C’est tout le travail que nous engageons ensemble lors du stage Mythogénéalogie, les 11, 12 et 13 septembre, chez Maxim’s à Saint Mitre les Remparts. Trois jours pour apprendre à ouvrir, sans se brûler, les jarres que chaque histoire familiale garde en elle.
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